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Le feu couvait depuis plus d’un an. Un drame et une lettre l’ont fait exploser en l’espace de quelques jours. La mort de 27 migrants mercredi soir dans la Manche a relancé les tensions diplomatiques entre la France et le Royaume-Uni. Et donné un nouveau relief au duel de leurs deux ministres de l’Intérieur : Gérald Darmanin et Priti Patel. Le premier a annulé ce vendredi l’invitation de la seconde à une réunion rassemblant les ministres chargés de l’immigration belge, allemand, néerlandais, ainsi que la Commission européenne. En cause : la publication sur Twitter par Boris Johnson d’une lettre à Emmanuel Macron. Le Premier ministre britannique demande au président français de reprendre les migrants arrivant en Angleterre depuis l’Hexagone. 

Une initiative pas au goût de Gérald Darmanin. Le locataire de Beauvau juge que cette missive est une “déception”, et que sa révélation est “pire encore”. D’où cette mesure de rétorsion envers Priti Patel. La relation entre les ministres est à l’image de celle entretenue par les deux pays sur le dossier des migrants : exécrable. 

Gérald Darmanin et Priti Patel ont deux fortes personnalités. Le Français, nommé en juillet 2020, doit muscler la jambe régalienne du chef de l’Etat, notamment dans le domaine migratoire. Son homologue, conservatrice et brexiteuse convaincue, prône une politique d’immigration choisie. Elle est réputée pour ses positions droitières et son caractère inflexible. Sa philosophie ? Elle l’a résumée le 1er octobre 2019 lors d’un raout du Parti conservateur, rappelle Le Monde. “En tant que ministre de l’Intérieur, j’ai une responsabilité particulière à ce moment crucial de notre histoire nationale et alors qu’il s’agit de reprendre le contrôle [le fameux ­slogan des brexiteurs]. Nous allons mettre fin une fois pour toutes à la libre circulation des ­personnes !” 

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Nombre “honteux” de migrants arrivant au Royaume-Uni

Entre les deux ministres, la relation débute cordialement. Le 12 juillet 2020, ils annoncent la création d’une “cellule franco-britannique de renseignement” dans la lutte contre les passeurs de migrants. Les nuages s’amoncellent quelques jours plus tard. Lors d’une audience à la Chambre des communes, la ministre britannique s’en prend au gouvernement français et son action insuffisante pour empêcher les migrants de rejoindre le Royaume-Uni : “Les autorités françaises n’interceptent pas les bateaux en mer (…) J’entends par là même les bateaux qui sont partis à seulement 250 mètres environ des côtes françaises.” 

Trois semaines plus tard, le 7 août 2020, le ton se fait plus mordant : Priti Patel tape du poing sur la table et dénonce le nombre “honteux” de migrants arrivant au Royaume-Uni depuis la France. “Le nombre de traversées de petites embarcations illégales est effroyable et élevé à un point inacceptable”, lance-t-elle dans un tweet rageur. La veille, 235 migrants avaient été interceptés en mer, établissant un nouveau record journalier, seulement une semaine après le précédent. Du côté de la place Beauvau, on évacue toute polémique en rappelant que des effectifs supplémentaires ont été déployés en renfort pour faire face à l’afflux de candidats à l’exil. 

En parallèle, un plan de lutte franco-britannique contre les traversées maritimes illégales est aussi dans les tuyaux pour apaiser les tensions. Les discussions aboutissent quatre mois plus tard, le 28 novembre 2020, avec un nouvel accord censé améliorer la lutte contre les passeurs. Priti Patel se félicite du “doublement” des effectifs de gendarmes et policiers français en patrouille sur les côtes, tandis que Gérald Darmanin insiste, lui, sur “l’investissement financier supplémentaire de 31,4 millions d’euros” consenti par les Britanniques pour aider l’Hexagone. La relation s’adoucit, au moins pour un temps. 

“La France n’acceptera aucune pratique contraire au droit de la mer”

Quatre mois passent, dans un calme relatif, mais la question migratoire continue de turlupiner Londres. Le 24 mars 2021, alors que l’entrée en vigueur du Brexit a mis fin à la libre circulation entre le Royaume-Uni et l’UE un mois plus tôt, Boris Johnson annonce un durcissement du système d’asile visant à réduire drastiquement les arrivées de migrants. Pour Priti Patel, les pays de l’UE, et notamment la France, ont le “devoir moral d’aider” le royaume en reprenant chez eux les demandeurs d’asile déboutés par Londres. Sans surprise, Paris refuse. 

A la place, Priti Patel et Gérald Darmanin signent le 20 juillet dernier un nouvel accord pour permettre un “renforcement” de la coopération entre les deux pays en matière de lutte contre l’immigration clandestine. Chacun tente d’y mettre du sien : la déclaration commune prévoit notamment une aide britannique de 62,7 millions d’euros pour assister la France dans le développement de nouveaux moyens de lutte contre l’immigration irrégulière. Ce qui ne suffit pas, malgré tout, à mettre fin aux arrivées illégales. 

Une énième crise éclate début septembre, lorsque Priti Patel approuve une stratégie visant à refouler vers la France les bateaux de migrants traversant la Manche. Trois jours plus tôt, 785 candidats à l’exil avaient tenté le voyage. Cette fois, c’est au tour de Gérald Darmanin de passer à l’offensive. “La France n’acceptera aucune pratique contraire au droit de la mer, ni aucun chantage financier”, martèle-t-il sur Twitter le 9 septembre, alors que l’aide promise outre-Manche trois mois plus tôt tarde à arriver. Selon la presse britannique, Priti Patel vient de menacer de ne pas la verser face à l’afflux de migrants. 

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A ce stade la rupture est consommée. Un mois plus tard, le locataire de la place Beauvau enfonce le clou. “Les 63 millions évoqués par le gouvernement britannique, pour l’instant nous n’en avons pas vu la couleur financière. Pourtant, des gendarmes ont été embauchés en plus, des moyens technologiques ont été achetés pour garder cette frontière”, tance le ministre le 9 octobre. Las, il finit par annuler un mois plus tard la rencontre prévue avec son homologue britannique. Une énième brouille qui n’était décidément pas la première, et semble-t-il, ne sera pas la dernière. 

Paul Véronique et Paul Chaulet

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