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Par une coïncidence du calendrier, se tiennent en ce moment dans trois Etats, trois procès différents mais qui traitent du même sujet : des blancs qui se prenaient pour des justiciers ont usé de violence dans un contexte racial latent. En Géorgie, trois hommes sont accusés d’avoir tué Ahmaud Arbery, un Noir qui faisait son jogging. Le 23 février 2020, Gregory et Travis McMichael (le père et le fils) avec un voisin ont pris des armes et ont pourchassé dans un véhicule Arbery, qu’ils soupçonnaient d’être responsable de cambriolages dans le quartier. Ils l’ont coincé et l’ont descendu de trois balles. L’un d’eux a filmé la scène avec son téléphone. Ce n’est que lorsque la vidéo a émergé en ligne que les trois hommes ont été arrêtés, plus de deux mois après les faits. Ils invoquent l’autodéfense. 

Dans le Wisconsin, Kyle Rittenhouse, un jeune Blanc invoque lui aussi l’auto défense. En 2020, il a pris son fusil d’assaut, alors qu’à 17 ans, il n’avait pas l’âge légal, et a rejoint à Kenosha des membres armés de groupes paramilitaires et de milices d’autodéfense. Ils venaient, disait-il, rétablir l’ordre et protéger les commerces de la ville en proie à des émeutes raciales déclenchées par les tirs d’un policier sur un Afro américain quelque temps auparavant. Lors d’une confrontation, Kyle Rittenhouse a tué deux manifestants et blessé un troisième. Malgré les cris des témoins, les policiers ne l’ont pas arrêté et il est rentré chez lui. Ce n’est que plus tard qu’il s’est rendu. Dans son cas, ses victimes sont blanches mais Rittenhouse est devenu une égérie de l’extrême droite et les militants l’ont aidé à lever 2 millions de dollars pour sa défense et sa caution de remise en liberté. Après avoir été relâché, il a posé pour des photos avec un groupe de suprémacistes blancs. 

Enfin en Virginie, deux douzaines de nationalistes blancs comparaissent. Ils sont accusés d’avoir organisé les manifestations le 11 août 2017 à Charlottesville qui se sont terminées dans la violence. Un néo-Nazi a foncé avec sa voiture dans la foule des contre manifestants et tué une jeune femme. Cette affaire « est devenue très politique », a déclaré le juge Schroeder en charge du procès Rittenhouse. Et les deux autres le sont également. Car même si les avocats de la défense répètent que les actions de leurs clients n’ont rien à voir avec les problèmes raciaux, ils sont au centre de tout. 

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« Discrimination intentionnelle »

Lors de la sélection des jurés, le juge à Charlottesville, a posé plein de questions aux candidats potentiels sur leurs vues sur le racisme, la Guerre de Sécession, le nationalisme blanc, BLM, les antifa afind e s’assurer que leurs avis ne seraient pas trop biaisés. En Géorgie lors du choix des jurés pour le procès Arbery, on leur a aussi demandé s’ils pensaient que le drapeau confédéré était un symbole raciste, s’ils soutenaient le mouvement Black Lives matter.. La sélection a duré 11 jours et sur les 12 jurés, un seul est Noir alors que les Afro-américains dans ce comté représentent 27% de la population. Les avocats de la défense ont systématiquement éliminé huit candidats Noirs. Le juge a convenu qu’il y avait « une discrimination intentionnelle » mais que les avocats avaient des objections légitimes et que la loi ne lui permettait pas d’intervenir. 

A Kenosha, pour le procès Rittenhouse, le jury choisi est là encore très majoritairement blanc. « Ça ne veut pas dire que des jurés blancs ne seront pas impartiaux mais ça donne la perception que le système ne fonctionne pas d’une manière équitable », estime Keith Findley, professeur de Droit à l’Université du Wisconsin. « Les choses ont commencé un peu à évoluer depuis la condamnation de Derek Chauvin », le policier qui a tué le Noir George Floyd à Minneapolis, ajoute-t-il « mais on a encore beaucoup de chemin à faire. » 

Les accusations de racisme surgissent aussi régulièrement au milieu du tribunal. Kevin Gough, l’un des avocats des trois hommes qui ont tué le jogger a clamé qu’il ne voulait plus d’autres « pasteurs noirs » dans la salle, « essayant d’influencer les jurés ». Le révérend Al Sharpton, un homme politique afro-américain était venu soutenir la famille d’Arbery. 

Un mot « lourd de sens »

Dans le Wisconsin, le juge Schroeder en charge du procès de Rittenhouse a interdit à l’accusation de qualifier de « victimes » les manifestants que le jeune homme a tué et blessé. C’est un mot « lourd de sens », a-t-il expliqué. En revanche, a-t-il dit, la défense pourra les qualifier de « pilleurs », « émeutiers » et « incendiaires », si elle arrive à le prouver. Cette décision a enflammé les activistes noirs qui accusent le juge de deux poids deux mesures. « Le système légal est un affront à la notion de justice », a résumé Bree Newsome, l’un d’entre eux. Pour couronner le tout, la sonnerie du portable de ce même juge qui a sonné en pleine plaidoirie est une chanson jouée à tous les meetings de Donald Trump. 

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Ces procès sont symboliques et représentatifs de la sévère polarisation politique sur la question raciale, » poursuit le professeur Findley. « Même si les juges et les avocats ne le présentent pas ainsi, ça va être vu sous l’angle politique. Et quels que soient, ce sera insatisfaisant pour une partie du pays. Ça ne m’étonnerait pas qu’éclatent de nouvelles violences ». 

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