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Joe Biden a réussi un petit exploit. Un an après son arrivée au pouvoir, il est parvenu à faire voter un programme de 1 200 milliards de dollars d’investissements dans les infrastructures pour moderniser un réseau de ponts et de routes bien décati, tout en développant l’Internet à haut débit. Cela fait des années que ses prédécesseurs essayaient en vain de lancer un tel plan. Encore plus notable en ces temps de polarisation extrême : le projet de loi a été approuvé avec l’appui de 13 élus du Parti républicain à la Chambre des représentants.  

La célébration est cependant en demi-teinte. Car ce grand plan ne dopera pas forcément la popularité de Joe Biden. Selon un dernier sondage (effectué avant le vote du plan d’investissements), seuls 38 % des Américains approuvent la gestion du président. Surtout, cette réforme pourtant populaire ne suffira sans doute pas à éviter que les démocrates ne perdent la majorité au Congrès aux élections de novembre 2022. 

Traditionnellement, le parti au pouvoir se fait laminer au scrutin de mi-mandat. Mais cette fois, les signes avant-coureurs sont particulièrement inquiétants. Tout récemment, les démocrates ont reçu une claque magistrale lors d’élections locales. Les républicains se sont emparés du siège de gouverneur de Virginie, Etat que Biden avait remporté avec 10 points d’avance en 2020. Et ils ont failli gagner celui du New Jersey, un fief historique de la gauche. La défaite démocrate en Virginie s’explique notamment par la perte des voix des électeurs modérés et des indépendants dans les faubourgs des grandes villes, qui avaient permis la victoire de Joe Biden en 2020.  

Le républicain Glenn Youngkin s’adresse à ses partisans le 3 novembre 2021 à Chantilly (Virginie)

afp.com/CHIP SOMODEVILLA

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Ce dernier s’est fait élire en se présentant comme l’antidote à Donald Trump et il a promis de restaurer un brin de stabilité et de sérieux à la Maison-Blanche. Mais le retrait d’Afghanistan a été un fiasco. Et la popularité du président est sapée par les problèmes de production et d’approvisionnement internationaux, qui font exploser le prix des voitures ou de l’électroménager, tandis que les factures de carburants et l’inflation s’envolent. En outre, les guerres intestines et les interminables tractations en coulisses entre modérés et progressistes pour parvenir à voter les « réformes Biden » ont donné l’impression que le gouvernement était paralysé. 

Pendant ce temps, les républicains exploitent le malaise d’une partie des électeurs exaspérés par la pandémie et inquiets des problèmes économiques, de la hausse de la criminalité, de l’explosion des sans-papiers à la frontière et des dérives de l’aile gauche du Parti démocrate, qui voudrait réduire les budgets de la police, débaptiser des bâtiments au nom de George Washington parce qu’il possédait des esclaves et mettre la question raciale au premier plan dans l’enseignement. 

Chronique d’une défaite électorale annoncée

Depuis le cuisant revers électoral en Virginie, les démocrates, paniqués, s’interrogent sur la direction à prendre. Mais sans parvenir à un consensus. De fait, leur parti se compose de multiples courants ayant chacun des priorités différentes. Un peu comme si les Verts, Lutte ouvrière, le Parti socialiste, le PCF, les centristes, La France insoumise barbotaient dans la même structure politique. 

Et chacun fait pression sur Joe Biden. La gauche estime qu’il n’a pas été assez ambitieux – ce qui aurait découragé les électeurs – et le pousse donc à continuer ses grands projets de réforme. « Les résultats montrent les limites d’une campagne à 100 % modérée qui n’excite pas, ne parle pas à la base progressiste et ne la mobilise pas, » a estimé Alexandria Ocasio-Cortez, la représentante de New York et égérie de la gauche, en parlant de la campagne du candidat démocrate en Virginie. 

Alexandria Ocasio-Cortez lors d’un meeting à Los Angeles, le 21 décembre 2019

afp.com/Robyn Beck

Il faut « un changement de cap vers le centre », prône Mark Penn, le stratège de Bill et Hillary Clinton, avec une politique d’immigration plus ferme, une limitation des dépenses publiques, et l’accent mis sur les préoccupations des Américains, parmi lesquelles le contrôle du prix des médicaments, une meilleure couverture santé des seniors… « Si les démocrates persistent dans la voie actuelle et continuent à satisfaire les priorités des progressistes, ils risquent de perdre jusqu’à 50 sièges et la majorité de la Chambre des représentants aux élections de mi-mandat », poursuit Mark Penn dans une tribune cosignée. 

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La Maison-Blanche compte sur l’urgence électorale pour que les factions au sein du parti trouvent un compromis et votent au plus vite le second volet de la réforme, social et environnemental, estimé à 1 700 milliards de dollars, et qui prévoit par exemple la maternelle pour tous et des mesures pour le climat. Selon Ron Klain, le directeur de cabinet de Joe Biden, les électeurs de Virginie et d’ailleurs ont « envoyé un message »: « Ils voulaient voir plus d’action à Washington. Ils voulaient que les choses avancent plus vite. » En attendant, l’espoir d’une victoire démocrate en novembre 2022 s’est peut-être déjà évaporé. 

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