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Lorsque le chef de l’Etat éthiopien lançait son intervention armée dans la région du Tigré, il avait promis qu’elle serait « rapidement terminée ». Sept mois après, le conflit a créé un désastre humanitaire avec une famine en voie de propagation dans certains territoires. Et la spirale de violence ne s’arrête pas. Ces derniers jours, l’Etat d’Afrique de l’Est a connu une recrudescence de violences marquée par la frappe aérienne qui a entraîné la mort de 64 personnes dans un marché, mardi. Par ailleurs, trois employés de Médecins sans Frontières (MSF), une Espagnole et deux Ethiopiens, ont été tués dans une attaque dans la région du Tigré, a annoncé vendredi la branche espagnole de MSF.  

Les acteurs. L’Ethiopie est un pays fédéral d’Afrique de l’Est qui se divise en dix régions – et chacune revendique une identité ethnique différente. Parmi ces territoires, on trouve la région du Tigré qui se situe dans le Nord du pays. Il s’agit de l’une des régions les plus puissantes de l’Etat éthiopien bien que les Tigréens ne représentent que 6% de la population. Cette région qui est perçue comme « le berceau du pays », est dirigée par le Front de libération des Peuples du Tigré (TPLF). 

Pendant trente ans, ce groupe militaire et ancien parti politique a régné sans partage sur le pays avant l’arrivée d’Abiy Ahmed en 2018, issu de la plus grande ethnie du pays, les Oromos.Pour rappel, Abiy Ahmed avait été le lauréat 2019 du prix Nobel de la paix, notamment pour avoir réconcilié l’Ethiopie avec l’Erythrée voisine. Mais il n’a pas su maintenir la paix dans son propre pays, préférant jouer les chefs de guerre alors que les tensions entre le Tigré et le pouvoir central augmentaient. Le conflit actuel oppose donc les forces du TPLF aux forces gouvernementales qui a lancé une intervention armée en novembre 2020. 

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Il existe aussi d’autres acteurs qui officient dans l’ombre. L’armée fédérale a reçu l’appui de forces venues d’Erythrée, pays frontalier du Tigré au nord, et de la région éthiopienne de l’Amhara, qui borde le Tigré au sud.  

Les causes. L’accession au pouvoir d’Abiy Ahmed a cristallisé de nombreuses tensions avec les dirigeants tigréens. Ils se plaignent d’avoir été progressivement écartés à la faveur de procès pour corruption ou de remaniements de l’appareil sécuritaire. En septembre, le Tigré provoque le pouvoir central en décidant d’organiser ses propres élections, défiant le gouvernement qui avait reporté tous les scrutins en raison du Covid-19. Après une crise économique et sanitaire, le pouvoir central est affaibli et le TPLF profite de ce contexte pour s’affirmer davantage.  

Quelques jours plus tard, les parlementaires décident de couper les vivres de l’Etat tigréen qui contestait le pouvoir fédéral en place. Après des mois de tensions, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed annonce le 4 novembre 2020 le lancement d’une opération militaire contre les autorités du Tigré, qu’il accuse d’avoir attaqué deux bases de l’armée fédérale dans la région. Le Front de libération du Peuple du Tigré (TPLF), à la tête de la région et qui a dominé la vie politique nationale pendant près de 30 ans, dément ces attaques. Des dizaines de milliers de personnes se réfugient au Soudan voisin. L’Union africaine (UA) et l’ONU appellent à la fin du conflit. 

Le déroulement. Pendant sept mois, l’Ethiopie plonge progressivement dans une catastrophe humanitaire, tandis que les diverses ONG tirent régulièrement la sonnette d’alarme. Après dix jours de conflit seulement, l’ONU demande une enquête sur de possibles « crimes de guerre », puis s’alarme d’une « crise humanitaire à grande échelle » en cours à la frontière entre le Soudan et l’Ethiopie. En mois d’un mois, les forces gouvernementales s’emparent la capitale régionale Mekele, fief du TPLF. Deux jours plus tard, il annonce contrôler la ville et affirme que l’opération militaire est « terminée ». 

Les combats se poursuivent, entravant l’acheminement de l’aide humanitaire. Le 26 février 2021, Amnesty International accuse des soldats érythréens d’avoir tué « des centaines de civils » en novembre 2020 dans la ville sainte d’Aksoum, dans le nord du Tigré. Le 10 mars, le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken dénonce des « actes de nettoyage ethnique ». Progressivement, la communauté internationale s’indigne. Mi-avril, le Conseil de sécurité de l’ONU se dit « profondément préoccupé » face aux accusations d’exactions, réclamant « un accès humanitaire sans entrave ». Le 27 mai, le président américain Joe Biden condamne des violations des droits humains « inacceptables » au Tigré et exhorte à un cessez-le-feu immédiat.  

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Mi-juin, l’ONU revient de nouveau à la charge, un de ses responsables avertit que la famine au Tigré est en voie de propagation à d’autres provinces éthiopiennes. Selon l’ONU, plus de 350 000 personnes sont en situation de famine au Tigré, ce que conteste le gouvernement éthiopien. Le 22 juin, une frappe aérienne de l’armée éthiopienne touche un marché très fréquenté à Togoga, au nord-ouest de Mekele. L’ONU, les Etats-Unis et l’Union européenne (UE) condamnent ce bombardement, qui a fait au moins 64 morts et 180 blessés, selon un bilan des autorités régionales jeudi. L’armée éthiopienne assure avoir visé des combattants du TPLF. 

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