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Ambassadeur en Russie, je dîne en 2017 chez l’ancien porte-parole de Mikhaïl Gorbatchev, chasseur de grands fauves reconverti à la protection de la faune du grand nord russe. Mon voisin m’informe qu’il « chasse le mammouth… » Devant ma stupeur, il précise : « avec la fonte du permafrost, les squelettes de mammouth remontent à la surface, je récupère leurs défenses et je les vends à prix d’or ». Le même soir, mon hôte projette un film sur les Nenets, peuple autochtone vivant près du cercle polaire dans des conditions précaires : réchauffement climatique, perte de la biodiversité, pollution des sols, les troupeaux de rennes se raréfient. Deux ans plus tard, en Chine, je constate l’accélération de la panoplie complète des désastres écologiques : désertification du nord du pays, ouragans et typhons au sud, l’eau de Pékin arrivant du fleuve Yangzi par une canalisation de plus de 2.000 km… La Chine perdrait jusqu’à 1 million d’habitants par an du fait des gaz à effet de serre et du mercure, dont elle est le premier émetteur mondial devant les États-Unis. Près de 20% de la faune et de la flore chinoises seraient menacées d’extinction. De l’autre côté du pacifique, l’Amérique du Nord a perdu 3 milliards d’oiseaux en 50 ans. La déforestation fait des ravages en Amazonie, qui accueille pourtant 10% de la biodiversité mondiale. La « terre mère » (« Pachamama ») se meurt. A la surface du globe, 52% des terres agricoles se dégradent, 12 millions d’hectares se désertifient chaque année, la vie de 74% des personnes déjà en situation de pauvreté en est gravement affectée. 

Le prochain rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur le climat (GIEC) estime, selon l’AFP, qu’une hausse annuelle de 1,5% du réchauffement climatique aurait des « conséquences graves, pendant des siècles, et parfois irréversibles ». L’Organisation Météorologique Mondiale (OMM) estime qu’au rythme actuel ce seuil sera dépassé dès 2025… La faune et la flore disparaissent partout à travers le monde, les zones arables se désertifient, ici l’eau manque, là elle ravage des villes entières. Les glaces de l’Arctique fondent, le niveau des océans s’élève, tandis qu’ils se transforment en poubelle de nos déchets. Les forêts disparaissent et avec elles de précieuses ressources en médicaments naturels, dont 4 milliards de personnes dépendent pour leur santé selon l’ONU (70% des médicaments contre le cancer sont issus de la nature). L’effet sur la santé humaine se fait déjà sentir, avec, dans les pays du Nord l’augmentation des maladies respiratoires et des troubles cardiaques, et sous les tropiques la prolifération des moustiques et autres porteurs de maladies infectieuses. Avec la fonte du permafrost, des organismes vivants, congelés depuis des millénaires, réapparaissent. Nul ne sait quel sera leur impact sur la santé humaine et animale.  

Aucune date de fin pour la combustion du charbon

Depuis les Accords de Paris en 2015, la prise de conscience des enjeux phénoménaux du réchauffement climatique et de la perte de la biodiversité est réelle. Des engagements, volontaires, ont été pris, des promesses de les revoir à la hausse ont été formulées. On est bien loin de leur mise en oeuvre. Quelques initiatives intéressantes peuvent pourtant être relevées. 

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Une « Alliance pour la préservation des forêts tropicales et humides » s’est structurée autour de 25 pays en 2020, à l’initiative de la France, afin de « relever les ambitions en matière de protection, de restauration et de gestion durable des forêts tropicales ». Une « Décennie pour la reforestation » a été lancée parallèlement par les Nations Unies. En septembre 2020, l’ONU a réuni un sommet pour réveiller les consciences et appeler les chefs d’États à réagir. « L’humanité fait la guerre à la nature, nous devons reconstruire notre relation avec elle » a déclaré le Secrétaire général de l’ONU, appelant à une « nouvelle dynamique politique ». Un « engagement pour la nature » a été signé par 75 dirigeants, notamment de l’Union européenne, liés dorénavant par le « Pacte vert » européen. Manquaient à l’appel les États-Unis, la Chine, la Russie, l’Inde et le Brésil. En janvier dernier, le président Macron a réuni le 4ème « One planet summit ». Des engagements concrets y ont été pris s’agissant de l’agroécologie et de la protection des écosystèmes terrestres et marins. Enfin, le 13 juin dernier, les chefs d’État et de gouvernement du G7 ont réitéré leur engagement à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 et accepté de réduire collectivement leurs émissions par deux d’ici 2030. Mais aucune date cible n’a été définie pour l’arrêt de la combustion de charbon.  

Agir, enfin

Dans les douze mois qui viennent, les Chefs d’États et l’ensemble des acteurs de la lutte pour la protection de la planète – gouvernements nationaux et locaux, ONG, entreprises, médias, organisations citoyennes – auront plusieurs occasions de prendre de nouveaux engagements et de définir les moyens de les tenir. En septembre à Marseille se tient le Congrès Mondial de la Nature organisé par l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN), qui associe dans la recherche de solutions communes États, experts, sociétés civiles, et peuples autochtones. La Conférence des parties à la Convention sur la diversité biologique (COP 15) doit se tenir en octobre à Kunming (Chine). Elle dressera le bilan de la mise en oeuvre du « plan stratégique » 2011-2020 et devrait fixer le nouveau cadre mondial de la biodiversité, qui devrait être axé sur la contribution de la préservation de la biodiversité « à la nutrition, à la sécurité alimentaire et aux moyens de subsistance des personnes, en particulier pour les plus vulnérables ». La Conférence des parties des Nations Unies sur le changement climatique (COP 26) se tient en novembre à Glasgow (Royaume-Uni). Déterminante après les six années de quasi-surplace qui ont fait suite à l’accord de Paris de 2015, elle devrait se consacrer à la fois à l’adaptation au changement climatique et aux moyens effectifs d’en inverser la tendance désastreuse. Enfin, la Conférence des parties à la Convention pour combattre la désertification (COP 15) devrait se tenir au printemps prochain.  

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Ce sont autant d’occasions pour chaque chef d’État ou de gouvernement, pour chaque ONG, pour chaque organisation internationale d’assumer ses responsabilités. La plupart de ces réunions sont organisées sous les auspices des Nations Unies. Son rôle en matière de protection de l’environnement et de développement durable est aujourd’hui plus que jamais essentiel et sa légitimité indiscutable. C’est dans ce cadre que l’ensemble des acteurs clés de la lutte de l’humanité pour assurer sa survie sur une planète vivable doivent se concerter, décider, agir. Il ne s’agit rien de moins que de réconcilier l’humanité avec elle-même et avec sa planète. « Il n’y a pas de plan B, parce qu’il n’y a pas de planète B » disait en 2014 Ban Ki-moon, l’ancien Secrétaire général de l’ONU. Un appel à l’action à méditer et à suivre, enfin. 

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