LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

La compétition de tennis et le fruit rouge ont une histoire intrinsèquement liée.

Elles font partie du folklore de Wimbledon: les fraises, dont 30 tonnes sont consommées chaque année lors du tournoi londonien, sont produites depuis presque 30 ans par le même maraîcher, dans le Kent. Hugh Lowe Farms est une entreprise familiale située près de Maidstone, dans ce comté au sud-est de Londres que l’on appelle le Jardin de l’Angleterre.

L’entreprise, aujourd’hui dirigée par Marion Regan qui représente la troisième génération à la tête de l’exploitation, livre 30 tonnes de fraises pendant les treize jours de compétition dans le temple du tennis, ce qui ne représente pas grand-chose, en volume, par rapport aux 5.000 tonnes vendues chaque année par Hugh Lowe Farms. Mais Marion Regan insiste sur l’importance de ces livraisons en termes d’image.

«Pour nous, la commande de Wimbledon est tout à fait essentielle, parce que c’est un événement très haut de gamme au cours duquel nos fraises sont consommées par des gens venus du monde entier», explique-t-elle à l’AFP. Une telle exposition de leurs fruits rend les exploitants inévitablement nerveux. D’ailleurs, ils reçoivent des compte rendus quotidiens en provenance du très sélect All England Lawn and Tennis Club qui organise le tournoi du Grand Chelem sur gazon.

700 employés mobilisés

«En termes de nourriture et de boisson, Wimbledon est un événement très important avec des chefs fantastiques et de nombreuses personnes impliquées dans ce domaine», souligne Marion Regan qui ne veut «laisser tomber personne» lorsqu’il s’agit de livrer ses fraises. «C’est angoissant de dépendre de la météo et des aléas du marché», reconnaît-elle en rappelant que de ce point de vue, les deux semaines du tournoi mettent particulièrement ses nerfs à rude épreuve. D’autant qu’à Wimbledon, ses fraises ne sont pas données.

En 2019, lors de la dernière édition puisque celle de 2020 a été annulée en raison du covid, une envie de fraises revenait à 2,50 livres sterling (3 euros) la dizaine, avec une cuiller de crème fraîche cependant. Ce que les consommateurs ne savent pas forcément, c’est que la cueillette des fraises se fait à la main et réclame une armée de plusieurs centaines de personnes qualifiées. La majorité des 700 employés de la ferme s’y consacre désormais d’avril à novembre. «Le lien historique (entre Wimbledon et le fruit rouge) vient du fait que le pic de la saison des fraises était atteint en juin à l’époque où cette saison était très courte. L’état d’esprit était alors +profites-en tant que tu peux+», raconte Marion Regan.

Les impacts du Brexit

Longtemps, sa famille a fait appel à des travailleurs saisonniers venus de Bulgarie et de Roumanie. Mais avec le Brexit, il a fallu recruter plus loin et cette année, elle emploie même des cueilleurs venus de la Barbade. Mais son cueilleur-vedette est bien roumain. Il faut dire que Constantin Anghel vient depuis quatre saisons, après avoir été mis sur le coup par un ami. Avec dextérité, il se déplace dans les rangs, cueille les fraises, place les bonnes dans des barquettes et jette les mauvaises dans un seau accroché à son chariot. Il ramasse ainsi 40 kg de fraises en moyenne par heure, assure-t-il.

«C’est un travail très qualifié, affirme Marion Regan. Cela semble presque impossible quand on commence, mais tout nouvel arrivant reçoit un entraînement et du temps pour gagner en vitesse». «Il faut beaucoup d’expérience pour parvenir à ce niveau d’efficacité», ajoute-t-elle au sujet d’Anghel. Et même s’ils ne sont pas vêtus de blanc comme les joueurs de Wimbledon, Marion Regan voit dans ses cueilleurs une forme de compétiteurs.

La cueillette des fraises, souligne-t-elle, «est faite pour ceux qui ont le sens de la compétition et qui aiment le sport, car vous mesurez votre performance à l’aune de vos propres objectifs et des résultats des autres membres de votre équipe».

À voir aussi – Cuisinez avec nous la tarte sablée fraises et basilic du chef Yann Couvreur!

Wimbledon et le business des fraises