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Le jeu du chat et de la souris se poursuit entre Américains et Nord-Coréens, sous l’oeil amusé de la Chine. Pyongyang a balayé le 22 juin les espoirs de reprise du dialogue avec Washington. Les Américains risquaient une « déception » s’ils s’attendaient à une reprise rapide des négociations sur le programme d’armement nucléaire du régime, a fait savoir l’agence officielle KCNA. Le message répondait à l’offre de rencontre, « n’importe où, n’importe quand et sans conditions préalables », formulée la veille par Sung Kim, l’envoyé spécial de l’administration Biden pour la Corée du Nord.  

La rebuffade est d’autant plus difficile à digérer que KCNA annonçait au même moment la tenue en Chine d’un symposium avec la Corée du Nord. Ce grand raout a célébré « l’amitié » entre les deux pays et les anniversaires des visites du dirigeant Kim Jong-un en Chine, en 2018, et du président Xi Jinping en Corée du Nord, l’année d’après.  

Les Américains espéraient pourtant progresser sur ce dossier après l’appel lancé le 18 juin par « Kim » à son peuple pour se préparer « au dialogue et à la confrontation », tout en oeuvrant à « la stabilité de la péninsule coréenne ». « C’est un signal intéressant », avait réagi le conseiller à la sécurité nationale des Etats-Unis, Jake Sullivan. A Séoul, Cheong Seong-chang, directeur du Centre d’études nord-coréennes de l’institut Sejong, parlait de « propos conciliants ». L’espoir renaissait d’une reprise des pourparlers sur le nucléaire, dans l’impasse depuis l’échec du sommet de Hanoi, au Vietnam, en février 2019, entre Kim Jong-un et le président américain d’alors, Donald Trump. 

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Une situation « très tendue » en Corée du Nord

Cet appel du « leader suprême » survient alors que le pays se trouve dans une situation catastrophique. Affectée par les sévères sanctions onusiennes – imposées en réponse à ses tirs de missiles – et par la pandémie de Covid-19, l’économie nord-coréenne va mal. En 2020, le PIB aurait plongé de 8,5 %, selon l’agence Fitch Solutions, et le commerce avec la Chine, son principal partenaire, s’est effondré de 81 % après que Pyongyang a fermé ses frontières par crainte du coronavirus (officiellement absent dans le pays).  

Conjugué à une production agricole fragilisée par les typhons et les inondations de 2020, ce ralentissement alimente une inflation galopante. Rimjing-gang, une organisation basée au Japon publiant des informations collectées auprès de contacts en Corée du Nord, signale une hausse du prix du riz de 67 % depuis le 1er juin et un doublement de celui du maïs : « Les soupirs et les cris de colère sont partout sur le marché. Je peux entendre les sanglots de ceux qui ont perdu de l’argent et de ceux qui ne peuvent rien acheter à cause des prix élevés », témoigne un habitant du Hamgyong, dans le nord-est du pays. 

« L’insécurité alimentaire et la malnutrition sont généralisées. 40 % de la population est sous-alimentée », s’inquiète le Programme alimentaire mondial, l’une des rares organisations internationales présentes en Corée du Nord. La situation est « très tendue » et le pays court le risque d’une « crise alimentaire », a lui-même reconnu Kim Jong-un, apparu quelque peu aminci lors d’une réunion du comité central. En avril, il avait fait appeler la population à mener une « marche forcée », une expression déjà utilisée pendant la terrible famine des années 1990 qui aurait causé la mort de 1 à 3 millions de personnes. 

Un « nouveau point de départ » entre Pyongyang et Pékin

Un aveu d’impuissance pour celui qui promettait dans son premier discours officiel, en avril 2012, quatre mois après son arrivée au pouvoir, que personne « n’aurait plus jamais à se serrer la ceinture ». De fait, plusieurs réformes, comme la création de zones économiques spéciales et l’octroi d’une certaine autonomie aux agriculteurs, ont été lancées. Le niveau de vie des Nord-Coréens – surtout à Pyongyang – s’était amélioré jusqu’à la pandémie, même si la misère persistait loin de la capitale. Mais, dans le contexte actuel, le nouveau plan quinquennal annoncé en grande pompe en janvier dernier ne donne guère de résultats.  

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Ceux qui, en Occident, interpréteraient le désir de dialogue de Kim Jong-un comme un appel au secours risquent toutefois d’en être pour leurs frais, surtout au moment où Pékin redouble d’attentions envers son turbulent allié. Dans un article récent paru dans le Rodong Sinmun, le quotidien officiel du régime nord-coréen, l’ambassadeur chinois à Pyongyang, Li Jinjun, a insisté sur le « nouveau point de départ » entre les deux pays, qui, plus que jamais, doivent « renforcer leur communication stratégique ». Du pain bénit pour la « souris nord-coréenne », virtuose dans l’art de jouer une puissance contre une autre, comme elle le fit naguère entre la Chine et l’URSS.  

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