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« Regrettable » mais « essentiel », c’est comme cela que Boris Johnson a présenté sa décision de repousser la date tant attendue de son Freedom Day de quatre semaines, soit au 19 Juillet. Freedom Day ? Le jour de la fin de toutes les restrictions sanitaires liées au Covid-19. Autrement dit, le retour complet à la normale, avec la fin des jauges et de la distanciation sociale. Seuls épargnés par ce délai, les futurs mariés qui pourront convier plus de 30 invités avant les autres. Mais à condition que les convives soient servis exclusivement à leur table et qu’ils ne dansent pas. Des mariages « No buffet, no dance floor » ont ironisé les commentateurs politiques. 

En cause, le variant Delta, qui représente 96% des nouveaux cas de Covid outre-Manche. Une récente étude de la Santé publique d’Angleterre estime qu’il est 64% plus transmissible que le variant anglais – lequel était 30% plus contagieux que la souche classique du coronavirus. Le variant Delta est également deux fois plus susceptible de générer des hospitalisations. A l’heure actuelle, dans certaines parties du pays, notamment l’est de l’Angleterre, le nombre de cas double tous les 4,5 jours. Il y a encore quatre semaines, pourtant, la Grande-Bretagne était fière de ne compter que 2000 nouveaux cas par jour ; cette semaine, elle en déplore en moyenne près de quatre fois plus. 

Course contre la montre des secondes doses

Pourquoi quatre semaines de décalage ? Pour ne pas relâcher dans la nature les personnes non immunisées avant le début des vacances scolaires tout en accélérant la vaccination. Plus de 60% des admissions à l’hôpital et de la mortalité due au variant indien concernent les non-vaccinés. L’accent va d’ailleurs être mis sur la seconde injection chez les plus de 40 ans. Pour cela, le temps entre première et deuxième injection va être réduit, passant de 12 à 8 semaines. On sait aujourd’hui qu’une seule dose d’AstraZeneca, le vaccin le plus administré en Grande-Bretagne, ne protège qu’à 30% du variant indien contre 60% après la deuxième injection. D’où la course contre la montre des secondes doses annoncée par le gouvernement britannique. Aujourd’hui, un peu moins de 50% des Britanniques adultes ont reçu leurs deux doses et le gouvernement voudrait arriver au seuil des 65 à 70% d’ici au 19 Juillet. 

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Si les Britanniques ont accueilli la nouvelle avec des mines dépitées, ils avaient aussi senti le vent tourner. Comme l’écrit William Hague, ancien leader des Conservateurs dans The Times ce mardi : « Au moins, comparé à l’année dernière, le Premier Ministre a appris à être plus prudent et quelle que soit notre déception, personne n’aura été vraiment surpris ni critique de la décision de repousser la fin des restrictions » 

Même le Labour approuve. En fait, les Britanniques, stoïques et disciplinés dans l’ensemble, préfèrent voir le verre à moitié plein qu’à moitié vide. Après tout, ils peuvent aujourd’hui aller au cinéma, au théâtre, au musée et au restaurant, même si c’est en jauge réduite et avec pré-réservation obligatoire. Et s’ils ne peuvent voyager sans craindre de quarantaine coûteuse au retour en Grande-Bretagne que dans quelques rares pays (dont l’Islande ou Israël), ils peuvent néanmoins se retrouver en famille et entre amis et n’ont jamais eu à porter de masques à l’extérieur.  

Frontières ouvertes avec l’Inde

Dans ce contexte, l’opposition préfère attaquer BoJo sous un autre angle et poser la question : « pourquoi les frontières sont-elles restées ouvertes avec l’Inde si longtemps ? » Les efforts de Boris Johnson pour sceller un accord de libre-échange avec l’Inde semblent en effet être à l’origine de l’entrée non-contrôlée au Royaume-Uni de milliers de Britanniques et d’Indiens en provenance du sous-continent. Et de l’émergence du variant Delta outre-Manche. 

Au sujet du report de date du Freedom Day, seuls les restaurateurs et les hôteliers crient sinon au scandale du moins à l’aide. Car avec des jauges réduites à 50%, certains rentrent à peine dans leurs frais et un mois de plus à attendre avant de travailler normalement correspond à une perte sèche de 3 milliards de livres Sterling (soit 3,3 milliards d’euros) pour ce secteur, selon l’association professionnelle UK Hospitality. Quant aux propriétaires de boîtes de nuit, fermées pendant encore 4 semaines, ils finissent de s’arracher les cheveux. 

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L’ardoise financière risque donc de s’alourdir pour le gouvernement Johnson. Mais politiquement, BoJo apparaît enfin comme un dirigeant plus raisonnable et sérieux. Ce qui ne peut qu’améliorer son image, malgré les frustrations. 

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