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D’habitude, leurs passes d’armes se déroulent dans un décor feutré, à l’abri des regards. Cette fois-ci, la dispute éclate sur la place publique, au grand dam du Vatican. Rien ne va plus entre Rome et le Saint-Siège, qui s’oppose à un projet de loi italien sur la lutte contre l’homophobie. Pour la première fois, le Vatican demande officiellement des modifications au texte dans lequel « le concept de discrimination reste trop vague ». Face à cet acte diplomatique fort, le Premier ministre italien, Mario Draghi, réplique que l’Italie est un ‘ »Etat laïc », ajoutant que le « Parlement est certainement libre de débattre et de légiférer ». 

Les faits. Le Vatican souhaite l’amendement d’un projet de loi italien sur la lutte contre l’homophobie en pointant le risque de rendre potentiellement illégale « toute distinction entre hommes et femmes ». Le noeud du problème, du point de vue de l’Eglise, est que dans ce texte, « le concept de discrimination reste trop vague », laissant ainsi à la justice interpréter et décider ce qui constitue un crime.  

Dans le détail, le texte italien vise à punir les actes de discrimination et d’incitation à la violence contre les gays, les lesbiennes, les transgenres et les handicapés. Il n’exempte pas les écoles catholiques italiennes d’une obligation de participer à des activités pour la journée nationale contre l’homophobie, qui sera fixée au 17 mai.  

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Dans sa rédaction actuelle, la notion de discrimination « fait courir le risque de regrouper les comportements les plus divers et de rendre ainsi punissable toute distinction possible entre les hommes et les femmes », spécifie le Secrétaire d’Etat, le cardinal Parolin. « Nous sommes contre toute attitude ou geste d’intolérance ou de haine envers les personnes en raison de leur orientation sexuelle, ainsi que de leur appartenance ethnique ou de leurs croyances », a-t-il assuré, dans un entretien sur le portail officiel du Vatican.  

Pourquoi ça compte. Pour la première fois, le Vatican demande officiellement au gouvernement de modifier un projet de loi italien. Cette prise de position reste très inhabituelle de la part du Vatican, bien que les divergences entre l’Italie et le Saint-Siège ont entaché à plusieurs reprises les relations entre les deux institutions. Si les accords du Latran (1929) ont normalisé leurs rapports, elles n’ont pas mis un terme aux crispations régulières qui essaiment entre les deux institutions.  

Non seulement l’acte diplomatique du Saint-Siège est inédit, mais en plus il a été rendu public – constituant un autre fait rarissime. Car le Vatican n’a pas l’habitude d’étaler son linge sale en public. Quelle ne fut pas la surprise du Saint-Siège, lorsque le journal Corriere della Sera a dévoilé en début de semaine une « note verbale » diplomatique très inhabituelle remise à l’Italie par la diplomatie vaticane, estimant que la formulation du texte portait atteinte à un accord bilatéral.  

La note affirme en effet que certaines parties du texte contreviennent à un Concordat en vigueur entre l’Italie et le Saint-Siège, car elles « réduisent la liberté de l’Église catholique » en matière d’organisation et d’exercice du culte, ainsi que « la pleine liberté » d’expression et de pensée consentie aux fidèles et aux associations catholiques. Devant les sénateurs, Mario Draghi a rétorqué : « La laïcité n’est pas l’indifférence de l’Etat au phénomène religieux, la laïcité est la protection du pluralisme et de la diversité culturelle. » 

Si le cardinal Parolin s’est déclaré « pleinement d’accord » avec Mario Draghi sur « la laïcité de l’Etat et sur la souveraineté du Parlement italien », il juge que « la note verbale » consignée à l’Italie était « un document interne échangé entre administrations gouvernementales par voie diplomatique, un texte écrit et pensé pour communiquer quelques préoccupations et certainement pas pour être publié ».  

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Le contexte. Le texte sur « les mesures de prévention et de lutte contre les discriminations et la violence pour un motif basé sur le sexe, sur le genre, sur l’orientation sexuelle, sur l’identité de genre et sur le handicap », porté par le député du Parti démocrate (centre-gauche) Alessandro Zan, a été approuvé à la Chambre des députés en novembre. Il est actuellement débattu au Sénat. Mais le gouvernement d’union national- rassemblant les partis italiens de gauche à droite – est traversé par de profondes divergences sur ce texte. 

A droite et à l’extrême droite, le rejet de ce texte est catégorique. Depuis le début, ses représentants disent non à la « loi Zan » brandissant la défense de la famille comme argumentaire. Au centre, l’ancien président du conseil Matteo Renzi joue les équilibristes déclarant que le texte a besoin d’être modifié en profondeur au risque qu’il soit « soit rejeté lors du vote à bulletin secret ». Cependant, celui qui a dirigé le pays pendant deux ans (2014-2016) soutient que « le Vatican a fait une erreur parce que ce texte ne viole pas le Concordat ». 

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