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« Il ne faut pas mélanger le sport et la politique. » Ah, le beau slogan ! L’injonction a beau être louable, elle est le plus souvent bien naïve ou du moins un voeu pieu, quand elle n’est pas une ruse. Viktor Orban, ancien footballer semi-professionnel (il était attaquant en quatrième division) devenu Premier ministre de la Hongrie et professionnel à temps plein de la politique, est bien placé pour en connaître toutes les ficelles. Il a mis le Parlement à sa botte et le football hongrois à sa main. Depuis son retour au pouvoir en 2010, il a fait du foot un instrument de puissance, y investissant deux milliards d’euros d’argent public en dix ans, allant jusqu’à faire construire à côté de sa résidence secondaire, dans son village natal de Felcsut, un stade de 3816 places (pour 1800 habitants), devenu l’endroit chic où il faut se montrer pour se faire bien voir et où se pressent les oligarques liés à son parti, le Fidesz. Avec la Puskàs Aréna, le nouveau stade de Budapest flambant neuf, Viktor Orban a trouvé une nouvelle occasion de booster le sentiment national en narguant à la fois les pays voisins et les règles sanitaires, lors du championnat d’Europe de l’UEFA (l’instance de gouvernance du football européen). Parmi les onze pays qui accueillent l’Euro, la Hongrie est ainsi le seul à remplir son stade au maximum de ses capacités (plus de 60 000 places). Pas de jauge, pas de distanciation sociale, pas de masques. Elle est aussi le seul pays de l’Union européenne dont le Premier ministre prend parti pour les fans de l’équipe hongroise, un groupe d’ultras reconnaissables à leurs tee-shirts noirs et autoproclamé Brigade des Carpates, qui avaient hué les joueurs irlandais parce qu’ils avaient mis un genou à terre, symbole antiraciste. Il n’a pas protesté quand ces fans ont fait entendre des injures racistes et homophobes, lesquelles ont incité l’UEFA à enquêter sur des « incidents potentiellement discriminatoires ». 

La Hongrie salue la décision de l’UEFA

Le Premier ministre hongrois aurait sans doute préféré continuer à mélanger lui-même le sport et la politique, et que la politique ne vienne pas se mélanger au sport d’une manière qu’il ne contrôle pas. Mais le Rainbow Gate est lancé. En rejetant la demande de la ville de Munich d’illuminer son stade aux couleurs arc-en-ciel, symbole de la défense des minorités sexuelles et de genre (LGBT+), au nom de la « neutralité », l’UEFA a obtenu l’effet exactement inverse : une polémique qui a fait de l’Euro une scène plus intensément politique qu’elle n’était censée l’être. Viktor Orban s’en serait bien passé. Le maire social-démocrate de Munich, appuyé par le très conservateur ministre-président de Bavière, Markus Söder, a voulu marquer le match Allemagne-Hongrie de ces couleurs pour protester contre une loi votée le 15 juin par le Fidesz de Viktor Orban, interdisant la « promotion de l’homosexualité, du changement de sexe et de la déviation de l’identité de genre, auprès des mineurs ». Le gouvernement hongrois a salué l’interdiction par l’UEFA : « C’est dangereux de mélanger le sport et la politique », a ironisé un ministre, renvoyant les Allemands au souvenir des nazis. À Berlin, à Paris, à Bruxelles les dirigeants ont condamné cette décision. « Ce drapeau symbolise la manière dont nous souhaitons vivre, dans le respect de tout un chacun », a déclaré le porte-parole d’Angela Merkel, Steffen Seibert. « Cette loi est manifestement une discrimination envers l’homosexualité ; et les valeurs d’égalité, inscrites dans nos traités, ne sont pas une ingérence dans la politique nationale, mais un choix européen qu’on a fait ensemble », a rappelé le secrétaire d’Etat aux affaires européennes, Clément Beaune. 

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Marqueur entre démocraties libérales et illibérales

En ne voulant pas mélanger le sport et la politique, l’UEFA a réussi à faire de l’Euro le terrain des fractures idéologiques de l’Europe, et à les réveiller de plus belle. Comme la question du racisme ou de l’égalité hommes-femmes, l’acceptation de l’homosexualité est devenue un marqueur des démocraties qui divise « libéraux » et « illibéraux ». La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a qualifié la loi hongroise de « honte » et annoncé des mesures juridiques – en plus de la procédure déjà déclenchée contre Budapest sur le respect de l’Etat de droit. Une vingtaine de pays de l’UE ont publié une déclaration commune à l’encontre de la loi hongroise. Et la géographie est significative de la manière dont les camps s’opposent : d’un côté, l’Europe de l’Ouest et du Nord ; de l’autre, l’Europe centrale et orientale. Trente ans après la chute du mur, la guerre froide se rejoue autour d’un arc-en-ciel et d’un stade de foot. 

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