LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Son visage n’est pas familier, mais son nom est bien connu du grand public. On le retrouve souvent inscrit en lettres rouges sur votre ordinateur – parfois de façon agaçante. John McAfee, créateur de l’antivirus informatique éponyme, a été retrouvé mort dans sa cellule du centre pénitentiaire Brians 2, à proximité de Barcelone. « Apparemment il s’est suicidé », a déclaré une porte-parole des autorités pénitentiaires de Catalogne. Quelques heures plus tôt, la justice espagnole avait autorisé son extradition vers les Etats-Unis où il était recherché pour fraude fiscale.  

Âgé de 75 ans, l’homme d’affaires semble avoir vécu plusieurs vies. S’il s’est fait une place dans les plus hautes sphères de la finance américaine, l’Américain collectionnait aussi les démêlés avec la justice. Originaire d’Angleterre, l’homme au bouc poivre et sel se hisse au sommet dans les années 1980. Le petit génie de la Silicon Valley commence sa carrière à la Nasa avant de travailler dans plusieurs entreprises informatiques. Il fonde en 1987 la société McAfee, qui devient un géant des logiciels antivirus et qu’il revend à Intel en 2010. A cette époque, le trublion américain habite dans une villa qu’il s’est fait construire en 2008 dans la jungle du Belize – petit pays d’Amérique centrale.  

Là-bas, le riche informaticien prend des faux airs de savants fous. Protégé par une milice privée surarmée, il va s’entourer de jeunes femmes et lancer des recherches sur des antibiotiques à base de plantes. John McAfee défraie la chronique, en 2012, lorsque son voisin au Belize est mystérieusement assassiné, une affaire toujours pas élucidée à ce jour. La police avait alors découvert qu’il vivait avec une jeune fille de 17 ans et qu’il détenait plusieurs armes dans sa maison. John McAfee s’était lancé dans une cavale rocambolesque qui avait tenu les médias en haleine pendant un mois. « Je ne suis pas un fou », avait-il déclaré à l’époque. « Je suis excentrique, courtois, attentionné, gentil, plein d’humour. Nous, les humains, sommes des créatures amusantes ». 

Offre limitée. 2 mois pour 1€ sans engagement

Un gourou des cryptomonnaies

Après avoir quitté le Belize, l’homme d’affaires excentrique passe du temps au Guatemala, puis déménage à Montréal, au Canada, où il travaille sur un documentaire sur sa vie. En 2015, il est arrêté aux Etats-Unis pour conduite sous l’emprise de stupéfiants. En 2016, il quitte ses chemises colorées pour un costume et se présente à la présidence des Etats-Unis en tant que libertaire. Il se fait ensuite discret dans les médias, jusqu’à janvier 2019 lorsqu’il fuit son pays tout en disant vouloir en briguer – encore une fois – la présidence. Après avoir fait fortune avec son antivirus dans les années 1980, John McAfee était devenu un gourou des cryptomonnaies grâce auxquelles il affirmait gagner 2000 dollars par jour et était suivi par près d’un million de personnes sur Twitter. 

Mais la saga judiciaire continue en octobre 2020 – date à laquelle il est arrêté à l’aéroport de Barcelone, juste avant d’embarquer à bord d’un avion à destination d’Istanbul, au lendemain de la publication par un procureur américain d’un acte d’accusation le visant notamment pour avoir omis de déclarer des millions de dollars de revenus issus de la promotion de cryptomonnaies. Il est alors placé en détention provisoire. Selon la justice américaine, John McAfee a aussi dissimulé des biens, notamment immobiliers, un yacht et une voiture en les mettant au nom d’autres personnes. Les autorités américaines remettent un mandat d’arrêt via Interpol et demandé son extradition.  

« Je ne regrette rien »

Il risquait de se voir infliger une peine allant jusqu’à trente ans de prison. L’entrepreneur a d’ailleurs été inculpé en mars par la justice américaine pour avoir promu auprès de ses fans sur Twitter plusieurs opérations liées aux cryptomonnaies sans leur dire qu’il allait probablement en retirer de coquettes sommes. Le feu vert donné en Espagne par un tribunal, l’Audience nationale, à son extradition pouvait encore faire l’objet d’un recours judiciaire et cette mesure devait aussi être approuvée par le gouvernement espagnol. Selon la demande d’extradition américaine déposée en novembre, et citée dans la décision du tribunal, John Mc Afee a gagné plus de 10 millions d’euros (12 millions de dollars) entre 2014 et 2018, mais n’a jamais effectué de déclaration de revenus. 

La décision du tribunal espagnol ne faisait en revanche référence qu’à des infractions commises entre 2016 et 2018. Dans un tweet du 16 juin, John McAfee avait souligné que les autorités américaines pensaient qu’il avait des cryptomonnaies « cachées ». « J’aurais aimé que cela fût vrai », avait-il poursuivi. « Tout ce qu’il me restait a été saisi (…) Je n’ai rien. Pourtant, je ne regrette rien ».  

L’application L’Express

Pour suivre l’analyse et le décryptage où que vous soyez

Télécharger l’app

Sa femme Janice s’est quant à elle longtemps plainte de la dureté, à la fois au plan physique et au plan mental, des conditions de détention de son mari. « Il ne se portait pas bien » en prison où, selon elle, il n’a pu bénéficier qu’avec des retards de « soins médicaux appropriés ». » Les autorités américaines sont déterminées à voir John mourir en prison », avait-elle accusé dimanche sur Twitter. « (…) il n’y a aucun espoir qu’il ait jamais un procès équitable en Amérique ». 

Opinions

Chronique

par Bruno Tertrais

Le meilleur des mondes

Par Sylvain Fort

Ultimatum

par Christophe Donner

Sans détour

Abnousse Shalmani

Antivirus, cryptos et prison : la décadence de John McAfee, retrouvé mort dans sa cellule