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La crise de confiance envers les institutions mondiales n’avait pas besoin de cette polémique. La patronne du FMI, Kristalina Georgieva, est dans la tourmente, accusée d’avoir fait du zèle à Pékin alors qu’elle dirigeait la Banque mondiale.  

C’est une enquête du cabinet d’avocats WilmerHale sur le rapport Doing Business, commandée par la Banque mondiale et rendue publique jeudi dernier, qui a mis en cause la dirigeante du Fonds. Selon les conclusions, elle aurait, en 2017, fait pression sur les équipes pour favoriser la Chine dans un classement, dans un contexte d’intimidations et de culture « toxique » au sein de l’équipe.  

Le rapport « Doing Business » établit un classement par pays de l’environnement pour l’activité économique et les affaires. En 2017, la Chine avait assez peu apprécié sa 78e place. Pour lui éviter de dégringoler encore plus bas dans le classement de l’année suivante, et obtenir son aval dans des négociations cruciales, Kristalina Georgieva, ainsi que le président de la Banque mondiale à l’époque, Jim Yong Kim, auraient voulu modifier la méthodologie au bénéfice de Pékin. Face à ces révélations, la Banque mondiale a annoncé qu’elle arrêtait la publication de son rapport annuel. 

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Kristalina Georgieva réfute

Si le FMI n’a fait aucun commentaire, indiquant seulement que le conseil d’administration « étudie actuellement la situation », Kristalina Georgieva nie fermement les faits reprochés. 

« Ni dans ce cas, ni avant, ni après, je n’ai fait pression sur les équipes pour qu’elles manipulent les données », s’est défendue vendredi l’ancienne directrice générale de la Banque mondiale, aux administrateurs du FMI, a rapporté le New York Times. « Je demande au personnel de vérifier, revérifier, vérifier trois fois, mais je n’ai jamais changé, manipulé, ce que nous disent les données », a-t-elle expliqué, lors de cette réunion en format virtuel, qui était prévue avant que ne soit publiée l’enquête, et dont l’ordre du jour était l’examen de l’économie indienne. 

Le conseil d’administration du FMI s’était déjà réuni jeudi à la demande de sa présidente. Celle-ci a également appelé à ne pas se laisser distraire par cette affaire : « Il est de ma responsabilité que cela n’interfère pas avec le travail incroyablement important que nous faisons », a-t-elle déclaré. 

« Manque d’intégrité »

L’ancien chef économiste de la Banque mondiale et prix Nobel d’économie, Paul Romer, a pour sa part dénoncé le « manque d’intégrité » de l’ancienne équipe dirigeante de l’organisation, y compris de Kristalina Georgieva. « Lorsque je soulevais certaines questions, Kristalina essayait de camoufler, dissimuler, se souvient-il. J’étais dirigé par des gens qui manquaient d’intégrité. C’était intolérable ». 

Il reproche à Kristalina Georgieva d’avoir voulu dissimuler des désaccords sur la méthodologie d’un rapport, qui avaient poussé Paul Romer à démissionner en janvier 2018. Il s’était alors montré particulièrement critique sur des modifications « arbitraires » effectuées dans la méthodologie ayant pénalisé d’autres pays, notamment le Chili. 

Paul Romer a précisé n’avoir pas été au courant, lorsqu’il était en poste à la Banque mondiale, de pressions exercées par la directrice générale sur ses équipes sur ce sujet. Mais « j’avais des soupçons sur le fait que de telles choses puissent se produire », a-t-il souligné. 

Culture « toxique »

C’est aussi une culture « toxique » au sein de l’équipe en charge de ce rapport qui ressort, et le climat de peur créé et entretenu par Simeon Djankov, l’un des initiateurs de Doing Business, ancien ministre des Finances bulgare, et qui était alors un conseiller de Kristalina Georgieva. L’enquête a montré notamment qu’il menaçait ses équipes, leur assurant qu’il avait des amis au sein du comité d’éthique qui lui rapporteraient les éventuelles plaintes déposées à son encontre. 

Il a quitté la Banque mondiale en mars 2020 et les problèmes ont été signalés pour la première fois en juin 2020. « Le genre d’intimidation que décrit ce rapport était réel », a déploré Paul Romer. « Je n’étais pas à l’aise à l’idée de continuer à travailler sous l’autorité de Kristalina. J’ai donc rendu public mes allégations, uniquement afin de me faire licencier », a-t-il encore expliqué. Il a finalement dû démissionner. 

L’intégrité du FMI dans la balance

Des voix alertent désormais sur la perte de confiance envers les institutions internationales liée à ces révélations. L' »implication » de Kristalina Georgieva « dans de la manipulation de données au bénéfice de la Chine est alarmante », a ainsi réagi Andy Barr, élu républicain au Congrès américain, qui estime qu’il est « essentiel d’assurer l’intégrité du FMI ». 

Son collègue French Hill a déclaré que « la réputation des prêteurs multilatéraux est maintenant ternie » et estime que si les allégations sont vraies, « le conseil d’administration du FMI devrait rapidement évaluer l’action » de Kristalina Georgieva à la tête de l’institution. L’élu a également dénoncé un nouvel exemple de « la façon dont le Parti communiste chinois travaille systématiquement pour instrumentaliser les institutions multilatérales ». 

Les relations entre la Chine et les Etats-Unis sont particulièrement tendues, depuis que l’ancien président républicain Donald Trump a mené contre l’Empire du milieu une guerre commerciale. Son successeur démocrate Joe Biden ne semble pas en passe de signer un armistice. 

La balle est désormais dans le camp des Etats-Unis, dont les voix au conseil d’administration du FMI – organe chargé notamment de choisir le directeur général – pèsent le plus lourd. Ils disposent également d’un droit de veto. Le Trésor américain, équivalent du ministère de l’Economie et des Finances, avait indiqué jeudi qu’il analysait le rapport, dont il a jugé les conclusions « préoccupantes ». Il n’a pas souhaité, depuis, faire d’autre commentaire. 

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Justin Sandefur, du Center for Global Development, qui a largement alerté sur les problèmes de méthodologie du rapport et du classement « Doing Business » de la Banque mondiale, est assez pessimiste quant à l’avenir de Kristalina Georgieva à la tête du FMI, estimant que « pour la cheffe du FMI, avoir été impliquée dans une manipulation de données est une allégation assez accablante ». Il a également évoqué « un coup dur pour (la) crédibilité » de l’institution internationale. 

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