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On ne voyait qu’elle sur le Zocalo, l’immense place principale de Mexico. La réplique d’une pyramide précolombienne de 16 mètres de haut toisait le Palais présidentiel et les deux cathédrales. La méga maquette vient d’être retirée pour laisser place aux festivités patriotiques. Cette année, le Mexique commémore à la fois les 500 ans de la chute de Tenochtitlan, la capitale de l’empire aztèque qui précéda la ville de Mexico, et le bicentenaire de son indépendance célébré, comme chaque année, par le « grito » (le fameux « cri » de sédition lancé au début du XIXe siècle par le curé Miguel Hidalgo, un 15 septembre). Ce double anniversaire est au coeur d’une polémique du fait que le président, Andres Manuel Lopez Obrador, dit « Amlo », appelle l’Espagne et le pape à s’excuser pour les « atrocités » de la colonisation. 

Maquette d’une pyramide de l’ancienne Tenochtitlan, capitale de l’empire aztèque détruite pour faire place à Mexico. Ici la place du Zocalo à Mexico, le 13 août 2021.

ALFREDO ESTRELLA / AFP

Mesures sanitaires obligent, c’est sur un Zocalo vide qu’Amlo a scandé, le 15 septembre au soir, le traditionnel « Viva Mexico ! Viva ! » en mémoire de l’appel à la révolte contre la couronne espagnole qui a débouché, le 27 septembre 1821, sur l’indépendance de la colonie jusqu’alors appelée Nouvelle-Espagne. Sur fond de débat identitaire, entre cultures indigènes et héritage colonial, le président de centre gauche a déploré, cet été, le « silence » des autorités espagnoles et du Vatican à la suite de ses missives restées sans réponse. « L’Eglise catholique, la monarchie espagnole et le gouvernement mexicain doivent présenter des excuses publiques aux peuples originels », avait écrit Amlo en 2020 au pape François. Un an plus tôt, il avait adressé une lettre similaire au Premier ministre espagnol Pedro Sanchez.  

Les deux pays avaient frôlé la crise diplomatique. « L’arrivée des Espagnols sur le territoire mexicain voilà cinq cents ans ne peut pas être jugée à l’aune de considérations contemporaines », avaient rétorqué les autorités de Madrid. De son côté, la Conférence épiscopale mexicaine avait accepté le principe d’un « pardon ». Seul Amlo a présenté ses « excuses aux peuples indigènes  » au nom de l’Etat mexicain. 

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« Amlo nous a rendu justice avec cette pyramide ! » se félicite Felipe Lopez, qui brûle sur le Zocalo de la résine de copal en guise de rituel. Coiffé de longues plumes d’oie, ce guérisseur de 48 ans parle nahuatl, la langue des Aztèques, dans un pays qui compte le plus grand nombre d’indigènes en Amérique latine (12 millions, soit 9% des Mexicains). La méga maquette éphémère était la réplique du Templo Mayor, centre politique et religieux aztèque, détruit le 13 août 1521 par les troupes du conquistador Hernán Cortés.  

Le président mexicain Andres Manuel Lopez Obrador, dit AMLO, le 18 août 2021 à Mexico .

EyePix/ NurPhoto via AFP

« Amlo récupère avec démagogie notre passé colonial, critique le politologue José Luis Reyna. L’initiative a le mérite de dénoncer les discriminations raciales, toujours présentes. Mais opposer les colons espagnols aux indigènes est une erreur historique. Cortés n’aurait jamais conquis Tenochtitlan sans son alliance avec les peuples assujettis aux Aztèques. » Le Mexique compte aujourd’hui 68 ethnies amérindiennes. Et plus de huit habitants sur dix sont des métis.  

La statue de Christophe Colomb, vandalisée, sera déplacée

Selon un récent sondage du quotidien espagnol El Pais, seulement 51% des Mexicains jugent positivement l’apport de la Conquête. Et si 65% considèrent « inutile » l’appel présidentiel à des excuses, deux sondés sur trois pensent qu’Amlo fait « un usage politique » de la colonisation.  

Le président se moque des critiques. Le 11 septembre, il a nommé un nouvel ambassadeur en Espagne pour « aider à résoudre les malentendus ». Mais dans la foulée, il a taclé à nouveau les dirigeants espagnols : « Ils se sont sentis offensés, agissant avec orgueil. Mais des signes montrent qu’ils acceptent que les temps ont changé. » 

Proche d’Amlo, la maire de Mexico Claudia Sheinbaum a annoncé que la statue de Christophe Colomb, qui trônait depuis 1877 au centre de la capitale, sera déplacée plus à l’ouest. « Nous reconnaissons l’apport historique du personnage, déclare-t-elle. Mais il représente une vision européenne de la découverte de l’Amérique. » 

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La sculpture d’une femme indigène remplacera le monument le plus vandalisé de la mégalopole, retiré pour restauration. A la place, une tête féminine inspirée de l’art olmèque, baptisée « Tlalli », qui signifie « terre » en nahuatl, se dressera sur l’élégante avenue Reforma. Un acte de « justice sociale », selon l’élue municipale, possible candidate à la succession, en 2024, d’un président qui affiche 60% d’opinions positives dans les sondages. 

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