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En Allemagne, la polémique a désormais son nom, taillé pour les réseaux sociaux : le « RainbowGate ». En refusant à la ville de Munich d’éclairer son stade, l’Allianz Arena, aux couleurs arc-en-ciel (« rainbow » en anglais) en signe de protestation contre la politique de la Hongrie sur les minorités sexuelles, l’UEFA a respecté ses règles mais a déchaîné les critiques de ceux qui lui reprochent un double langage.  

Retour sur une escarmouche, pas la première de l’Euro, une compétition marquée par le prolongement de l’affrontement entre l’Ukraine et la Russie autour d’un maillot, ainsi que par la fronde « marketing » lancée par la superstar Cristiano Ronaldo, à l’égard du sponsor Coca-Cola. 

  • Les faits : la Hongrie sévit contre les homosexuels, l’Europe dénonce le geste

La Hongrie a adopté le 15 juin un texte interdisant la « promotion » de l’homosexualité auprès des mineurs. Concrètement, cette loi prévoit que « la pornographie et les contenus qui représentent la sexualité ou promeuvent la déviation de l’identité de genre, le changement de sexe et l’homosexualité ne doivent pas être accessibles aux moins de 18 ans ». 

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L’Europe est vent debout. La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a fait part la semaine dernière de sa préoccupation, ajoutant que l’exécutif européen était en train d’examiner si cette loi « enfreint la législation européenne ».  

Côté Français, le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, Clément Beaune, a dénoncé une « discrimination envers une orientation sexuelle, envers l’homosexualité qu’elle assimile à une forme de menace ou de propagande ». 

Au total, treize pays de l’UE – dont la France, l’Allemagne, l’Irlande, l’Espagne, le Danemark ou encore la Finlande et la Suède – ont appelé ce mardi la Commission européenne à utiliser « tous les outils à sa disposition pour garantir le plein respect du droit européen » face à une loi hongroise jugée « discriminatoire » à l’encontre des personnes LGBT. 

  • Le contexte : une loi tombant avant un affrontement contre l’Allemagne, à l’Euro

La municipalité de Munich s’est également émue de l’annonce du gouvernement souverainiste de Viktor Orban, habitué des restrictions visant la communauté LGBT. La ville bavaroise a donc demandé à l’UEFA, organisatrice du tournoi, l’autorisation d’illuminer le stade utilisé pour l’Euro mercredi soir aux couleurs de la communauté LGBT, à l’occasion du match opposant justement l’Allemagne… à la Hongrie. 

La réponse, négative, est tombée ce mardi matin. En substance : l’UEFA affirme partager totalement les valeurs de tolérance promues par cette initiative, mais en tant qu' »organisation politiquement et religieusement neutre », elle ne peut pas accepter de véhiculer un message visant spécifiquement un pays ou un gouvernement. 

Une décision qui provoque la colère de Munich. « Je trouve honteux que l’UEFA nous interdise, ici à Munich, d’envoyer un signal pour le cosmopolitisme, la tolérance, le respect et la solidarité avec les personnes de la communauté LGBT », a dénoncé le maire social-démocrate de la ville, Dieter Reiter, soutenu par des joueurs, à l’image du Français Antoine Griezmann. 

En réaction, Dieter Reiter a annoncé que plusieurs sites emblématiques de la ville seraient parés aux couleurs symboliques mercredi soir, dont une tour et une éolienne visibles depuis le stade. Avant le match, les organisateurs de la marche des fiertés de Munich, associés à Amnesty International, prévoient également de distribuer 11 000 drapeaux arc-en-ciel aux spectateurs (seules 14 000 places seront occupées, en raison des restrictions dues au Covid-19).  

D’autres initiatives de solidarité fleurissent : la chaîne privée allemande ProSieben a décidé d’habiller son logo des couleurs arc-en-ciel. Les clubs de football de Francfort et Cologne ont également annoncé qu’ils illumineraient leurs propres stades en soirée à ces couleurs. La candidate des Verts à la chancellerie Annalena Baerbock a demandé à toute l’Allemagne d’exhiber l’arc-en-ciel mercredi.  

Pour démontrer sa bonne foi, l’instance européenne proposait quant à elle d’illuminer le stade aux couleurs arc-en-ciel soit le 28 juin, soit début juillet, pour coïncider avec des événements liés à la marche des fiertés à Munich. De même qu’elle n’avait fait aucune objection depuis le début du tournoi au port d’un brassard arc-en-ciel par le capitaine de l’Allemagne Manuel Neuer, la façon dont la Mannschaft a choisi de montrer son engagement pour la diversité. 

Le ministre des Affaires étrangères Peter Szijjarto a en revanche salué une mesure « de bon sens » de l’UEFA « en ne participant pas à ce qui aurait été une provocation politique envers la Hongrie ». 

  • Pourquoi c’est important : en Hongrie, de multiples attaques envers les minorités sexuelles

« C’aurait été un miracle si l’UEFA l’avait autorisé, mais c’est bien de voir la ville de Munich et la Fédération allemande soutenir cette initiative », a sobrement déclaré le porte-parole de l’ONG « Hatter » de défense des droits LGBT en Hongrie, Luca Dudits.  

« L’UEFA était dans une position précaire, analyse-t-il, il y a une large base homophobe et traditionaliste chez les fans hongrois ». Pour lui, si la Hongrie avait perdu dans un stade arc-en-ciel, la faute en aurait été rejetée sur la communauté LGBT. 

« Les développements en Hongrie sont effrayants, il est d’autant plus important d’envoyer un signal », a de son côté déclaré le patron du FC Cologne Alexander Wehrle. 

La Hongrie se démarque depuis plusieurs années au sein de l’Union européenne pour sa forte répression dirigée contre les migrants et les minorités sexuelles. Des communes y sont déjà autorisées à prendre des arrêtés pour interdire la « propagande » LGBT. Il y a deux ans, le président de l’Assemblée nationale a comparé l’homosexualité à la pédophilie. Un an plus tard, au tout début de la pandémie du Covid-19, une loi avait annulé la reconnaissance juridique des personnes transgenres. La liste est, hélas, très longue. Peu avant Noël, une proposition législative adoptée par la majorité parlementaire du Fidesz a réservé l’adoption aux couples mariés, sauf dérogation ministérielle, excluant de facto les homosexuels. 

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La dernière loi de répression en date, tombée pendant l’Euro de football, est logiquement perçue comme une provocation. Les différentes condamnations venues de toute l’Union européenne et le « Rainbow Gate » posent la question suivante : est-ce celle de trop, pour Viktor Orban ? 

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