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Pas en avant vers la réconciliation ou coup d’épée dans l’eau ? Ce mardi, le gouvernement espagnol a validé la grâce de neuf indépendantistes catalans, emprisonnés jusqu’alors pour leur rôle dans la tentative de sécession de 2017. Une décision présentée par le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez comme « une nouvelle étape » en vue de mettre fin à l' »affrontement » en Catalogne. Mais à rebours de l’objectif affiché, cette initiative ne devrait en réalité avoir qu’un impact assez mineur sur la résolution de la crise, selon Barbara Loyer, professeure à l’Institut français de géopolitique de l’Université Paris VIII, spécialiste de l’Espagne, et auteure de l’ouvrage L’Espagne en crise(s). Une géopolitique au XXIème siècle (Armand Colin). 

L’Express : La grâce accordée par le gouvernement de Pedro Sanchez à neuf indépendantistes actuellement en prison, peut-elle apaiser les tensions autour de l’indépendance de la Catalogne ? 

Barbara Loyer : Non je ne le pense pas. Une grande partie des indépendantistes catalans affirment d’ores et déjà que cela ne va pas remettre en cause leur projet d’indépendance. Dans ces conditions, il est peu probable que cette grâce suffise à apaiser le conflit autour de la question de l’indépendance. 

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De plus, pour certains Espagnols hostiles aux indépendantistes, cette grâce est problématique. Selon eux, elle fragilise l’État de droit et la position de la justice dont la sentence est remise en cause, alors qu’elle avait été relativement clémente. Ce qui affaiblit encore plus l’ensemble de la société. 

En réalité, le Premier ministre Pedro Sanchez a avant tout accordé cette grâce pour ne pas causer une rupture avec ses alliés indépendantistes d’ERC (Gauche Républicaine de Catalogne) au Parlement. Mais sur le plan politique, la volonté d’indépendance d’une partie de la société catalane demeure. Et sur cette question fondamentale, je ne pense pas que la grâce suffira à faire bouger les lignes. 

Pour les indépendantistes, cette annonce ne peut donc pas être perçue comme un geste d’apaisement ? 

Pas vraiment, parce que pour de nombreux indépendantistes, l’objectif n’est pas d’arranger les choses mais de parvenir à l’indépendance de la Catalogne. Ils ont vu que cela était à portée de main en 2017, et ne veulent rien lâcher. Par ailleurs, ils sont nombreux à penser qu’il n’y aurait de toute façon jamais dû y avoir de procès et de condamnations des indépendantistes à la suite de la proclamation d’indépendance en 2017. Ce qui a leurs yeux réduit la portée symbolique de cette grâce. 

C’est notamment le discours tenu par Pere Aragonès, le nouveau président régional catalan, pour qui elle est loin d’être suffisante. Les indépendantistes réclament une amnistie complète (un effacement des condamnations) de toutes les personnes poursuivies dans le cadre des événements de 2017. Donc cela va plus loin qu’une grâce pour les neuf indépendantistes catalans actuellement emprisonnés. Cela concerne par exemple aussi les gens ayant été condamnés à de lourdes amendes. De plus, ils demandent également l’organisation d’un référendum d’autodétermination avalisé par le gouvernement central. 

Mais on sait que le gouvernement central refuse catégoriquement cette idée d’un référendum d’autodétermination en Catalogne… 

Tout à fait. Le problème pour le gouvernement central, c’est que s’il accepte un référendum d’autodétermination en Catalogne, il y a beaucoup d’autres régions, où des indépendantistes sont présents, qui pourraient en réclamer un à leur tour. A minima, cela pourrait concerner par exemple le Pays basque, la Galice, Valence ou les Baléares. Accepter un référendum d’autodétermination risquerait donc de créer du désordre et de l’instabilité dans d’autres régions d’Espagne. 

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Carles Puigdemont est en exil en Belgique depuis 2017, peut-il espérer un jour rentrer en Espagne ? 

C’est difficile à dire pour le moment. Mais la demande d’amnistie vise entre autres à lui permettre de rentrer. Après, au-delà de l’hostilité du gouvernement central qui voudrait le voir juger en Espagne, ses relations sont également tendues avec l’autre parti indépendantiste catalan de Pere Aragonès. Au début, Puigdemont refusait par exemple catégoriquement de soutenir son investiture. Mais finalement, ils sont parvenus à un accord et se sont récemment vus à Bruxelles. Carles Puigdemont conserve sans conteste une influence et un réseau de fidèles en Catalogne. Les rivalités entre les trois partis indépendantistes créent une incertitude supplémentaire sur l’avenir politique des années à venir.  

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